L'Art à Part > Artistes > Jean-Michel CHESNÉ


Jean-Michel Chesné dessine et peint depuis longtemps déjà ; il y a dix ans, il a construit un petit édifice dans son jardin, recouvert de mosaïques et décoré de sculptures diverses mais récemment, sans qu'il sache très bien l'expliquer, ses dessins ont pris une tournure particulière correspondant à une nouvelle technique. Sur du papier cartonné ou du carton, il trace d'abord le contour de son motif à l'encre de Chine, sa main agissant d'un seul mouvement rapide, d'une manière quasi automatique, sans repentirs, puis il comble cette forme vide avec la même encre noire; enfin, il donne vie à cette silhouette en «décorant» l'intérieur en blanc.

Une fois ce contour tracé presque fébrilement, le contraste est frappant avec le travail qui suit, extrêmement long et minutieux avec une encre blanche. Paradoxalement, dans cette tâche demandant beaucoup d'attention et de patience, comme la tapisserie qu'il a pratiquée et la mosaïque qu'il pratique encore, Jean-Michel Chesné éprouve le sentiment d'une très grande liberté d'esprit.

De cet état d'intense concentration naissent des êtres hybrides, issus d'un imaginaire fantastique ; leur forme, vaguement humaine ou animale, dont la tête et les membres se terminent par des excroissances de toutes sortes, se remplit alors d'éléments divers : cercles, points, roues dentelées, serpentins, petits dessins décoratifs qui peuvent faire apparaître aussi des yeux, des bouches, des organes…

Quand on a trouvé la distance optimum, l'impression d'ensemble est celle d'une véritable «dentelle» sur fond noir d'où émane une vibration, une tension dynamique entre le noir et le blanc ; le contour très découpé, sinueux en même temps, montre un personnage en mouvement, évoquant la gestuelle du danseur ; paradoxe là encore, l'intérieur organique ne contrarie pas la grâce de l'ensemble.

L'artiste crée ainsi tout un petit peuple à l'aspect fantasmagorique, créatures inquiétantes et séduisantes à la fois, émergeant du plus profond de lui-même, dans cet état particulier entre concentration et rêverie. Les dessins de Jean-Michel Chesné peuvent rappeler certains dessins tribaux de l'Inde par leur technique, mais aussi les génies de la mythologie japonaise ou chinoise, même s'ils sont en fin de compte, irréductibles à toute référence, sauf celle, intime, de l'artiste.

Colette Pilletant-Rey - 2009