L'Art à Part > Artistes > Jean-Luc GIRAUD


Par ses autoportraits, Jean-Luc Giraud, professeur de dessin, de graphisme et d'infographie, tente de répondre à la question, philosophique s'il en est et quelque peu grandiloquente : «Qui suis-je ?». Le portrait suppose une grande assurance pour dialoguer avec l'Autre et violer son intimité, alors, depuis une vingtaine d'années, l'artiste s'est pris lui-même comme sujet d'étude et précise avec humour : «Je pose bien. J'anticipe les souhaits du dessinateur tout comme il respecte les miens[…] On s'entend bien».

Dans de petits ou moyens formats, d'un dessin, d'un tableau à l'autre, Jean-Luc Giraud, qui maîtrise parfaitement les techniques classiques et modernes, fait passer toutes les humeurs, tous les doutes, toutes les interrogations dans ce visage si mobile où le regard focalise notre attention par son expressivité : l'intériorité du sujet, le traitement de la couleur et de la lumière évoquent Rembrandt et l'on pense à Picasso devant ces dessins au fusain, traits appuyés, les yeux exorbités devant la nuit et la mort. C'est le Moi dans tous ses états dans lesquels nous pouvons aussi nous reconnaître.

L'artiste cependant, peut-être affolé par son projet, prend ses distances grâce à l'humour, à la fantaisie et même à la clownerie pour esquiver la question lancinante du Moi ; il nous regarde d'un air amusé montrant qu'il n'est pas dupe, voir Sac à malice, ou bien il s'affuble de coiffures et d'accessoires grotesques par exemple dans ce dessin Monotonie quotidienne, les titres précisant l'intention, s'il en était besoin.
Devant tant de variations, le vertige n'est pas loin, alors, pour stabiliser cette image qui lui échappe, Jean-Luc Giraud s'ancre dans une histoire familiale ; le déclic, il l'a eu en découvrant dans les brocantes des cadres très ouvragés des siècles derniers. Ceux-ci lui permettent de recréer une lignée d'ancêtres mais c'est lui, ce bourgeois du XIXe, lui encore en maillot rayé, sur l'encadrement duquel on peut lire : Souvenir de captivité 1914-1915 et lui toujours en jumeaux dans ce double cadre ; de ces tableaux situés dans un passé imaginaire émane une intense mélancolie, bouleversante. Sans tapage, Jean-Luc Giraud, personnalité complexe et secrète, poursuit son questionnement mais nous savons, nous, que son œuvre est celle d'un immense artiste.

Colette Pilletant-Rey - 2009