L'Art à Part > Artistes > Bernard LE NEN


Au premier regard, des créatures hybrides, difformes, des animaux fantastiques, des monstres enfin. Bernard Le Nen ne peut guère nous éclairer sur leur rôle : «Moi[…] je ne sais pas ce qui va arriver ; je commence par un visage…et puis le reste vient». L'artiste en effet organise» ce qui vient " dans des compositions équilibrées, des dessins très précis et des couleurs harmonieuses, contraste frappant avec les visions de cauchemar qu'il nous propose.

Visages ronds, yeux exorbités mais vides, corps atrophiés, ces êtres n'en reviennent pas d'être là, dans un état aussi inconfortable ; des filaments, des tubes les traversent pour les relier les uns aux autres sans logique apparente. Dans Pluie rouge, caractéristique de toute son œuvre, l'on voit un être, sein de femme et sexe d'homme, exhibant son cœur et ses vaisseaux ; des racines émergent de la terre en nourrissant de leur sève un hybride : sang ou sève, on ne sait plus et toutes ces ramifications forment une sorte de cartographie «décorative» et…terrifiante par le mélange des genres et des règnes. Bien sûr, c'est du sang qui tombe en pluie rouge ; seul, un ourson dans un coin apporte un élément de tendresse ou d'humour noir si l'on considère l'ensemble de la situation.

Bernard Le Nen peint comme au Moyen-Age des scènes très lisibles, souvent dans des gris et marron, des rouges et bleus aux tons assourdis, avec la même beauté simple où l'acrylique remplace l'huile, une peinture d'avant la perspective qui cherche avant tout à traduire un univers symbolique ; Pluie rouge comme allégorie de la guerre ? Comment également ne pas penser à Jérôme Bosch et à son sens de l'absurde, de l'incongruité, de la cruauté et au Surréalisme dans les éléments d'humour noir dont il parsème son œuvre ?
Mais, au-delà de ces références, ses créatures s'imposent par leur forte présence et nous subjuguent ; d'où viennent-elles ? des terreurs de notre enfance ? de notre inconscient collectif ? Sont-elles le symbole d'une vision profondément pessimiste de l'humanité ? des maux qui nous guettent ou qui nous rongent déjà ? Tout cela sans doute et ce n'est pas le moindre des mérites de l'artiste que de nous faire dire : «c'est horrible mais c'est drôle aussi et tellement beau à voir !».

Colette Pilletant-Rey - 2009