L'Art à Part > Artistes > MR IMAGINATION


Célèbre aujourd'hui aux Etats-Unis comme artiste afro-américain d' Outsider Art, Gregory Warmack a d'abord mené à Chicago avec ses huit frères et sœurs une vie modeste que la mort précoce du père a rendu encore plus difficile. Comme ses frères aînés, il exerce alors toutes sortes de petits métiers mais fait déjà preuve d'un sens artistique certain en réalisant quelques créations personnelles ou collectives avec des groupes de jeunes.

Et puis arrive ce jour de 1978 où un inconnu lui tire deux balles dans le ventre, agression qui va le laisser quarante-cinq jours dans le coma et lui faire connaître l'expérience de la mort imminente. Au réveil, Mr. Imagination est né et le sens de la spiritualité que sa mère avait inculqué à ses enfants en formant avec eux une chorale de Gospel lui apparaît comme essentiel. Désormais, il se consacre entièrement à son art en se servant de matériaux de récupération et commence par sculpter des centaines de têtes avec des blocs de sable de fonderie.

Il découvre ensuite très vite ce qui va devenir sa marque de fabrique : l'utilisation de capsules de bière qu'il amasse pour recouvrir la majeure partie de pièces composées d'une structure en bois ou métal et de modelages en plâtre, des personnages-fétiches, des prêtres ou des demi-dieux. En suivant ce même principe, les fauteuils deviendront des trônes, les bâtons des sceptres, les chapeaux des couronnes, les vêtements ordinaires des habits de cérémonie. Ce décorum sert à affirmer sa noblesse, sa dignité, sa spiritualité, les siennes mais aussi celles de tout être humain.
Il détourne aussi de gros pinceaux en sculptant la partie en bois pour en faire des têtes, les crins des brosses faisant office de cheveux, pièces d'une grande présence.
Mr. Imagination vit dans ce monde empreint de mysticisme, oscillant entre sérieux : «tout artiste est un pasteur ou un messager» et auto-dérision quand il se met en scène comme un roi sur son trône. Surtout, cet être altruiste qui n'a pas oublié ses origines, voudrait que son œuvre ait un impact social et rende les gens tout simplement heureux.

Colette Pilletant-Rey - 2009