L'Art à Part > Artistes > Jean-Pierre NADAU


Pour réaliser son immense toile de 1,50 x 11 mètres, intitulée Amazonie, Jean-Pierre Nadau a d'abord fait une sorte de brouillon à l'échelle 1/8ème qu'il a ensuite reporté sur sa toile avec sa plume Sergent Major et son encre de Chine habituelles. Le regard, fasciné, ne sait d'abord où se poser car dans cet espace totalement saturé, aucun élément ne domine de façon claire et indiscutable. Alors, il faut suivre ce long ruban et plonger dans l'univers de l'artiste, dans ses obsessions, ses peurs, ses mythologies.

L'œil peu à peu s'adapte et commence à circuler au milieu d'un dédale de figures, d'animaux, d'architectures qui s'imbriquent les uns dans les autres et le trait extrêmement précis nous entraîne dans ces métamorphoses ; le parcours devient une sorte de jeu de cache-cache avec l'inconscient du dessinateur. Aucun vide sur la toile ou la feuille, le plus petit espace est comblé par des graphismes, extrêmement variés et minutieux, un vrai travail de bénédictin.

Le spectateur ressent une intense jubilation devant cette œuvre, chaque détail est un vrai régal mais il éprouve aussi une sorte de vertige devant cette prolifération et il essaie de se repérer à des motifs récurrents. Comme dans l'Amazonie réelle, l'on rencontre de la végétation foisonnante, des serpents, des Indiens mais ils ont la tête de Léon Zitrone ! et l'on comprend rapidement qu'il s'agit surtout d'une Amazonie rêvée ; l'on découvre ainsi des écritures imaginaires, des personnages de BD, des créatures mythiques, les différents motifs s'imbriquant d'ailleurs très souvent les uns dans les autres.

Dans l'imaginaire extrêmement riche de Jean-Pierre Nadau, nous pouvons lire humour, ironie, angoisse, mais aussi une troublante mise à nu et une forme de spiritualité iconoclaste qui n'est pas sans rappeler celle de Chomo, dont la rencontre l'avait tellement bouleversé et qui avait déclenché soudain chez cet autodidacte apprenti-comédien une vocation de dessinateur.

Colette Pilletant-Rey - 2009