Amadéo Plaza peint à l'acrylique ou au crayon de petits formats - 10 x 9 cm - sur du carton de récupération, emballages de produits alimentaires ou de paquets de lessive. Sur ces petites surfaces, il installe de véritables scènes théâtralisées qui se jouent souvent devant un rideau formant le fond du tableau ; le dessin est précis, sûr, montrant qu'il n'a rien oublié de son passage aux Beaux-Arts dans sa jeunesse.
L'exiguïté de l'espace donne inévitablement une impression d'étouffement : on aurait envie de donner de l'air à ces personnages tassés, minuscules mais le choix de ce format est déjà une indication sur l'univers de l'artiste, un univers sombre et refermé sur lui-même. N'étant pas lisible immédiatement, chaque tableautin demande un regard attentif ; nous découvrons alors des soldats en demi-cercle tirant sur un squelette, des passagers d'un bus aux têtes de mort, visions noires teintées d'humour, humour aussi absurde dans ce dessin qui montre un personnage tenant une grosse sucette sphérique rose au bout d'un bâton, la tête du personnage étant l'exacte réplique de cette friandise.
De nombreux détails érotiques parsèment les compositions, des femmes nues présentes ici et là sans raison apparente, des organes masculins dissimulés dans un montage surréaliste, érotisme sans joie sur lequel l'artiste porte un regard plutôt ironique. D'autres scènes sont plus énigmatiques : une femme, habillée d'une immense robe blanche formant comme un lit, n'a pas de bras pour accueillir l'enfant qui lui tend les siens ; mère ou déesse ?
Parfois, la cruauté se fait plus frontale : une corrida, un torero poignardant un taureau dressé devant lui, une exécution ; de toute façon, aucune compassion ni tendresse ne vient atténuer le malheur des hommes, selon l'expression d'Amadéo Plaza ; seul, l'humour noir et le sens de l'absurde permettent de ne pas sombrer tout à fait dans le désespoir et d'établir un lien entre cette œuvre et nous.
Colette Pilletant-Rey - 2009