L'univers de Ghyslaine et de Sylvain Staëlens s'est mis en place depuis qu'ils se sont installés en Auvergne ; la rencontre s'est faite entre un paysage extérieur et un monde intérieur qui leur est commun. Ce paysage dur, ingrat, sans âge, les a dépouillés d'une modernité superflue et leur a permis d'explorer un imaginaire enfoui ; la Terre est leur élément et ils lui empruntent des matériaux qu'ils collectent dans leurs promenades ou qu'ils travaillent après récupération. En même temps, ils ont mis au point leur manière de travailler, en osmose totale, sans que l'on puisse démêler ce qui vient de l'un ou de l'autre ; tout se fait sans heurts, l'un continuant la sculpture que l'autre a commencée.
Ghyslaine et Sylvain Staëlens réalisent des bas-reliefs, des totems, des poupées, assemblages complexes et savants de branches et de branchages, de pierre volcanique broyée et de fil de fer, le tout recouvert de sable rouge local, collé, donnant à l'ensemble un aspect rouillé. Leurs créations provoquent d'abord un choc proche de la sidération par leur force et leur présence : les totems, issus d'on ne sait quelle civilisation primitive, impressionnent par la sévérité et parfois l'hostilité qui s'en dégagent ; même bienveillants, ils vous regardent si intensément qu'on ne peut les ignorer.
Dans les bas-reliefs, l'on retrouve le même effet de métal rouillé, de terre aussi mais cette fois devant des figures exprimant la souffrance, bouches béantes ouvrant sur le vide, yeux vides, corps tordus dans des entrelacs d'organes qui semblent pétrifiés, toujours entravés par des liens nombreux et inextricables, scènes de chasse cruelles, enfants confrontés eux aussi à l'horreur ; l'ensemble repose sur un fond également composé d'entrelacs et entouré de fragments hérissés ; c'est l'enfer de Dante mais l'enfer sur terre, même les anges, il y en a, semblent étonnés d'avoir des ailes !
A la manière des civilisations africaines ou pré-colombiennes, totems, bas-reliefs et poupées semblent fonctionner comme des objets magiques à la fois chargés d'exorciser tous les maux qui nous menacent et de symboliser la force de l'esprit, par la création même.
Colette Pilletant-Rey - 2009