L'Art à Part > Artistes > Frédéric TELLIER


Frédéric Tellier est architecte, peintre et photographe ; délaissant actuellement la peinture, il la rejoint par la photographie. Sa démarche s'appuie d'abord sur le constat scientifique selon lequel notre cerveau reconstruit sans cesse notre perception visuelle. La photographie a toujours été confrontée à cette difficulté de la reproduction du réel qui exige une immobilité totale pour aboutir à un simulacre de réalité et en général, la photo ratée, c'est la photo floue, preuve que l'opérateur a bougé.

Frédéric Tellier, lui, au contraire, explore les possibilités que lui apporte le mouvement. Concrètement, l'appareil photo, pris comme métaphore de l'œil, est mobile pendant la prise de vue. En application de cette technique, il présente ici des photos d'écran de télévision ; elles sont rassemblées sous le néologisme de " schermographie "*.
Comme tous les photographes, l'artiste se concentre et anticipe le résultat mais son originalité consiste à tracer, d'un coup, avec son appareil, un trait dans l'espace tel le calligraphe avec son pinceau sur le papier (il a vécu au Japon) ; il obtient ainsi des images dont personne ne peut deviner qu'elles proviennent de la télévision ; l'éthique de la photo est respectée et les seules retouches qu'il se permet sont l'éclairage et le contraste.

Le résultat ? Non pas des photos mais des tableaux qui émergent du noir, un noir profond, velouté, rappelant les gravures sur bois de Dürer et des images, étirées, déformées, portraits fantastiques qui revisitent l'histoire de la peinture : clarté d'un Botticelli, anamorphoses classiques, déconstruction d'un Duchamp : métamorphoses fascinantes.

Le photographe insiste sur l'aspect matériel de toute l'opération mais il reconnaît que, comme pour la calligraphie à laquelle il se réfère, son humeur, son état mental, son inconscient, prolongés par le mouvement de la main, transparaissent dans la douceur ou la violence des bouleversements des traits, dans les couleurs plus ou moins sombres, plus ou moins éclatées.

Même si le travail de l'artiste se nourrit d'une réflexion philosophique et scientifique sur la Réalité, le Temps, l'Image, son but est que ses aberrations optico-géométriques ouvrent sur l'imaginaire (les titres y contribuent) comme manifeste de transmission, de notre appartenance à la même humanité ; retour à la philosophie.
*du néerlandais ancien : scherm " paravent, écran ".

Colette Pilletant-Rey - 2009